La cigarette électronique en Belgique

Comme dans la plupart des pays européens, la Belgique fait également partie des eldorados des fumeurs.

La population belge n’est pas loin d’être classée au dernier rang quand on parle de tabagisme. Selon les estimations, il y aurait 50 personnes qui meurent chaque jour en Belgique à cause de l’excès de la consommation tabagique.

Aujourd’hui, une alternative pour les fumeurs existe et elle est devenue très populaire. Il s’agit  de la cigarette électronique. Le progrès de la cigarette électronique a été remarquable ces trois dernières années selon les observateurs, mais malgré son succès grandissant, elle est aussi très controversée. Seulement une dizaine d’années après son apparition sur le marché, la cigarette électronique est devenue le nouvel accessoire « tendance » des fumeurs pour des raisons qui sont à priori assez convaincantes : elle permet de fumer n’importe où, sans trop nuire à la santé et sans importuner les autres.

Le développement de la cigarette électronique s’est aussi avéré être très significatif en Belgique. Selon les estimations statistiques, il y aurait aujourd’hui près de 50 000 personnes qui utilisent le petit gadget à vapeur dans le pays. Alors que des questions d’insécurité se posent encore autour de ce produit novateur, le nombre de ses adeptes a déjà dépassé le cap des 50 000 personnes. Chaque mois, de nouvelles boutiques spécialisées dans la vente des e-cigarettes ouvrent leurs portes et les clients ne sont pas rares. Il a été par exemple constaté qu’en quelques mois seulement, trois nouveaux magasins spécialisés sont nés. La cigarette électronique est la nouvelle mode qui est venue s’implanter en Belgique comme dans ses pays voisins.

Lorsque vous entrez dans l’une de ces boutiques de vente, impossible de vous empêcher de porter de l’intérêt à tout l’environnement : une ambiance cosy, de la musique de fond très sympa, les visages du grand Gainsbourg et de James Dean qui vous accueillent avec une cigarette à la main sur les murs , bref, une parfaite combinaison de décors conçue pour séduire à coup sûr le fumeur qui souhaite arrêter de fumer pour passer à autre chose ou de diminuer sa consommation de tabac. Il y a par exemple la boutique qui appartient à John Jeanquart, l’un des initiateurs du projet qui n’hésite pas à dire qu’il propose des modèles contenant de la nicotine à ses clients, chose qui est illégale au pays. « Il y a de la nicotine, bien évidemment, mais nous, ce n’est pas ce que nous mettons en avant. Donc c’est très important de savoir que nous vendons des produits avec des arômes, qu’on a le geste, la sensation de fumer. Mais on n’est pas là pour prôner la nicotine » précise-t-il.

En Belgique, les autorités sanitaires et les pouvoirs publics ont décidé de réglementer les cigarettes électroniques contenant de la nicotine au même titre que les produits médicamenteux. Ce qui signifie que leur commercialisation nécessite impérativement, comme tous les médicaments, une autorisation de mise sur le marché. Tous ceux qui souhaitent vendre ce type de cigarettes électroniques devraient tout d’abord suivre des procédures afin d’obtenir cette autorisation. Mathieu Capouet, l’expert tabac au SPF Santé publique confirme bien cette position. « Aujourd’hui, aucune de ces cigarettes électroniques n’a cette autorisation et donc elle est interdite à la vente en Belgique. Ces échoppes se sont installées très récemment et donc nos services de contrôle sont clairement au courant et font les contrôles nécessaires pour que ces personnes soient sanctionnées », déclare-t-il. Les gérants de ces nouvelles boutiques doivent s’attendre à des contrôles très prochainement. Les amendes pourraient s’élever jusqu’à 1200 à 90 000 euros et cela peut même se terminer par la fermeture de l’établissement.

Et pourtant, ce phénomène de vente illégale des cigarettes électroniques est très fréquent dans le pays.

Selon la Fondation contre le Cancer, les derniers chiffres montrent bien qu’il y a déjà un grand nombre de fumeurs qui ont opté pour la cigarette électronique cette année, soit 2% des fumeurs contre 0.2% l’année dernière. Pour des raisons de santé publique, un avis concernant ces produits a été demandé au Conseil Supérieur de la Santé du pays.

C’est l’AFMPS (Agence Fédérale des Médicaments et des Produits de Santé) qui a mis en place la législation selon laquelle les produits contenant de la nicotine doivent être commercialisés en Belgique avec le statut de médicament. Mais le porte-parole de l’agence, Ann Eeckhout a affirmé que pour l’heure, aucun établissement n’a fait une demande auprès de l’AFMPS et de ce fait, aucun type de cigarette électronique contenant de la nicotine n’a été reconnu. Et pourtant, ces produits continuent à circuler sur le marché belge. « La majorité des produits échappe donc au contrôle », précise Ann Eeckhout.

Il y a quelques semaines, une étude parue dans la revue « 60 millions de consommateurs », en France a laissé entendre que les e-cigarettes seraient potentiellement nocives pour la santé. Des tests auraient révélé la présence de quelques substances cancérigènes et des métaux lourds dans quelques échantillons du produit de certains fabricants.

Mais comme partout dans le monde, les avis sont partagés sur le sujet.

Claude Luyeye Bidi, un pneumologue pense qu’il s’agit d’un très grand effet de mode. « Ces produits sont utilisés avant tout pour avoir quelque chose sous la main, un substitut à la cigarette pour combler le manque », déclare-t-il. « Il faudra, comme avec la cigarette, plusieurs années avant de se rendre compte du réel caractère nocif que peut avoir une cigarette électronique, en analysant en détails la composition de celles-ci »Â Â», suggère-t-il.

Selon le professeur Haufroid, qui est toxicologue à la clinique universitaire Saint-Luc, si on veut vraiment faire une évaluation du danger potentiel et la toxicité des e-cigarettes, avec ou sans nicotine « il faut avant tout évaluer la teneur de ces substances contenues dans les cigarettes électroniques, par rapport aux cigarettes classiques », recommande-t-il. En Belgique, les cigarettes électroniques sont interdites dans les lieux publics, comme tout objet incitant à fumer. Cependant, les chiffres montrent que ce produit continue toujours de séduire de en plus de nouveaux utilisateurs.

En raison de cette consommation croissante des cigarettes électroniques au sein de la population, Laurette Onkelinx, la Ministre Belge de la Santé, a demandé un rapport au Conseil Supérieur de la Santé au sujet de ces produits, et notamment des shisha stylos, des cigarettes pour enfant en vogue aux Pays-Bas. Cet avis est attendu pour la fin de cette année 2013.

Comme de nombreux pays, la Belgique essaie de mieux comprendre le produit afin éventuellement d’améliorer la législation en vigueur.

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