Un ‘oui’ ou un ‘non’ pour la cigarette électronique ?

La cigarette électronique séduit de plus en plus de monde et avec la demande qui augmente à la vitesse grand V, les magasins spécialisés connaissent un succès fou. De plus, les analystes économiques prédisent que cette année, ce nouveau marché pourrait dégager un énorme chiffre d’affaires de 100 millions d’euros.

Consommateurs, scientifiques, politiciens… dans tout ce brouillard, tout le monde semble être un peu perdu et ne sait plus quoi en penser.

Selon les estimations, le nombre d’utilisateurs de la cigarette électronique aurait déjà doublé chaque année depuis qu’elle a débarqué sur le marché français en 2008. Si on comptait 500.000 vapoteurs en 2012 dans le pays, on s’attend bien à ce que ce chiffre atteigne le million pour la fin de cette année 2013. Malgré cela, cette énorme progression de la cigarette électronique ne semble pas être très significative par rapport aux 16 millions de personnes qui fument en France.

Mais d’après les nombreux usagers de ce nouveau produit, il s’agit de la meilleure option pour l’arrêt du tabac. C’est par exemple le cas d’Emily, 42 ans, qui dit que grâce à la cigarette électronique, elle n’a connu aucun problème lors de sa transition entre sa vie de fumeuse et celle de non-fumeuse.

Une autre fumeuse explique quant elle, les raisons pour lesquelles la cigarette électronique n’aurait pas pu l’aider. « J’avais opté pour la cigarette électronique sans nicotine, car j’avais des patchs, raconte-t-elle. Mais je recherchais surtout le geste. C’est ça qui me manquait. Et finalement, je n’étais pas à l’aise avec. Je devais appuyer sur un bouton en même temps que j’inhalais, ce qui me donnait l’impression de fumer un joint ! Ça ne m’a pas plu du tout. J’ai donc arrêté la cigarette électronique… mais pas la clope », raconte Laure, fumeuse âgée de 35 ans.

La cigarette électronique représente actuellement de gros enjeux. Certains voient en elle un grand effet de mode ou un nouveau phénomène de société tandis que d’autres la considèrent comme une autre menace pour les consommateurs. Et vu sa popularité grandissante, le gouvernement et les différentes autorités sanitaires ne peuvent pas rester les bras croisés. Quant à tous ceux qui sont tentés par le nouveau produit car ils pensent qu’ils auraient peut être cette fois-ci leur chance de se débarrasser complètement de leur addiction au tabac et de tous ses dangers, ils souhaitent être informés et savoir à quoi s’en tenir. Malheureusement, la rareté des données recueillies au sujet de l’efficacité et surtout de l’innocuité de la cigarette électronique laisse encore la plupart sceptiques.

Ensemble, le Réseau de prévention des addictions (RESPADD) et l’Office français de prévention du tabagisme et la Société française de tabacologie ont réagi face à cet engouement que l’e-cigarette génère. Ces autorités ont choisi d’assouplir leurs positions vis-à-vis de la cigarette électronique, tout en restant extrêmement prudents. « Ce n’est certes pas un médicament, il n’y a pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM), mais nous sommes rattrapés par ce que font les vrais gens dans la vraie vie. Nous ne pouvons ignorer les centaines de milliers de personnes qui ont recours à la cigarette électronique. Il y a deux ans, nous y étions plutôt défavorables. Aujourd’hui, nous sommes dans une ouverture prudente. Je dis aux patients qui veulent essayer: oui, mais provisoirement seulement, dans l’optique d’arrêter de fumer. Car notre but quand on prend en charge un fumeur, c’est de le faire sortir de la dépendance » explique Anne Dansou, un pneumologue et tabacologue au CHU de Tours. Si on s’en tient à ses allégations, la cigarette électronique constituerait donc une aide précieuse. Mais si produit a la même finalité que les patchs ou les gommes qui sont également des produits contenant de la nicotine, mais qui ne contiennent pas de goudron et de monoxyde de carbone, ni d’ailleurs toutes les autres substances cancérigènes des vraies cigarettes, pourquoi une telle prudence face à un tel produit ?

L’OFT répond en quelques sortes à cette question à travers son communiqué : « Si les connaissances progressent rapidement sur le produit, il reste beaucoup de points d’incertitudes. […] Les e-liquides contiennent et libèrent d’autres produits potentiellement irritants et/ou classés comme toxiques, mais en quantité le plus souvent moindre que la fumée du tabac. »

Ce serait donc toujours ce manque d’études plus approfondies et plus sérieuses sur les effets de l’utilisation de la cigarette électronique, une dizaine d’années après son invention, qui empêcherait à ces différentes autorités d’assurer son innocuité. Les effets sur son utilisation à long terme, les effets de l’exposition des non-vapoteurs à la vapeur…Les questions sur le principal composant de l’e-liquide qu’est le propylène Glycol…Tout cela est encore très imprécis même si les revendeurs vantent leurs marchandises tout autrement.

La traçabilité de ce produit constituerait aussi un autre point obscur, alors qu’il fait déjà partie des produits de grande consommation. Le rapport de l’OFT explique que les cigarettes électroniques « ne font pas l’objet de réglementations spécifiques sur les contrôles qualité, les circuits de distribution, la vente aux mineurs, la publicité et l’utilisation dans tous les espaces. Elles n’ont à respecter que les règles des normes européennes (marquage CE) et du commerce (DGCCRF) et l’interdiction de la publicité indirecte pour les produits du tabac ». Plusieurs sujets restent encore à éclaircir : les vrais procédés de fabrication des e-cigarettes, chacun de ses composants, etc.

Cependant, les auteurs du rapport semblent être d’accord sur le fait que l’e-cigarette permet aux fumeurs de réduire les risques et les dommages liés à la consommation du tabac. « Il n’y a pas photo…la cigarette électronique est moins dangereuse que le tabac ! » affirme le Dr Dansou. Ce qui voudrait donc dire qu’aucune restriction ne devrait être appliquée pour l’accès à la cigarette électronique mais il faudrait tout simplement la réglementer. Ce serait faux de considérer la cigarette électronique comme un substitut à la nicotine mais il faut la voir comme une simple aide pour les fumeurs !

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