La cigarette électronique continue à prendre de l’ampleur

La cigarette électronique est un petit appareil né de l’ingénieuse invention d’un pharmacien chinois du nom de Hon Lik en 2003. Elle est reproduite dans la forme de la vraie cigarette mais elle n’est faite ni avec du papier ni avec des feuilles de tabac. Elle fonctionne avec une batterie qui l’alimente en énergie électrique. La combustion du tabac à l’extrémité d’une cigarette classique est remplacée par une diode lumineuse et la fumée toxique est remplacée par la vapeur.
Pour l’heure, même s’il existe deux camps qui soutiennent deux opinions complètement opposées sur l’innocuité et l’efficacité de ce produit en tant qu’aide pour les fumeurs souhaitant se défaire leur consommation de tabac, personne n’arrive à prouver sa théorie d’une façon pertinente.
Toutefois, le succès de cette cigarette sans tabac est énorme et elle continue à séduire malgré toutes les controverses. Les chiffres des ventes augmentent d’année en année et les boutiques spécialisées fleurissent dans les villes européennes. Selon les fabricants, le vrai argument de vente de ce produit novateur est un argument financier. «Les clients sont des fumeurs qui veulent fumer sainement et économiquement. Ils se tournent vers l’e-cigarette en raison de la hausse régulière du prix du paquet classique. Une e-cigarette est vendue entre 9 et 11 euros et correspond à l’équivalent en consommation de deux paquets et demi. À titre de comparaison un paquet traditionnel de 20 unités coûte un peu plus de 6 euros aujourd’hui», explique le porte-parole d’un fabricant en France. Le véritable boom du marché de la cigarette électronique a commencé en 2010. Rappelons que c’est durant cette année 2010 que le prix du paquet de cigarettes classiques a connu une hausse de 6%. Notons également qu’une nouvelle hausse de prix sur les paquets de cigarettes à tabac est prévue ce mois d’octobre, ce qui devrait avantager de nouveau le business de la cigarette sans tabac.
Les députés du parlement européen vont prendre une décision sur le statut de la cigarette électronique dans quelques jours. Ce décret va trancher sur la classification de la cigarette électronique et définir si oui ou non elle figurera dans la liste des produits pharmaceutiques.
Selon l’Eurobaromètre 2012, un sondage annuel réalisé par la Commission Européenne dans les 27 pays de l’Union, il y aurait près de 3 millions de Français qui ont déjà testé la cigarette électronique. Dans toute l’Europe, 23 millions de personnes ont déjà essayé de vapoter l’e-cigarette, soit environ 5% de la population européenne. Cependant, tous ceux qui ont testé le produit ne sont pas devenus des vapoteurs réguliers. Selon toujours les données de l’Eurobaromètre, sur les 3 millions de Français qui ont testé la e-cigarette, 500 000 l’auraient adoptée.
La plupart des fumeurs européens ont été également séduits par la liberté que leur offre le vapotage. L’engouement pour ce nouveau produit est devenu nettement plus significatif depuis l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Cependant, aujourd’hui, la cigarette électronique n’est pas réglementée de la même façon dans chaque pays. Ainsi, les députés européens devront aussi trouver un consensus et une harmonisation sur la réglementation.
Si Bruxelles vote la mise en vente de la cigarette électronique uniquement en pharmacie, cela signifierait que tous les produis seront soumis à une autorisation de mise sur le marché et à une taxation relatives à ce type de produit.
Les députés européens estiment que ce ne serait pas anodin de classer la cigarette électronique comme un produit pharmaceutique car cela pourrait empêcher un grand nombre de fumeurs d’accéder à un produit qui pourrait les aider potentiellement à réduire ou à stopper définitivement leur consommation de tabac. Selon les députés de l’Union, il serait préférable que la cigarette électronique reste un produit de sevrage. « On offre aux fumeurs un produit qui ne sert pas à s’arrêter mais à fumer autrement, avec moins de risques » explique le Pr Bertrand Dautzenberg, professeur en pneumologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Rappelons que c’est ce dernier qui a été à la tête de l’équipe de scientifiques qui a rédigé le rapport sur l’évaluation des effets bénéfices/ risques de l’utilisation de l’e-cigarette, à la demande la Ministre française des affaires sociales et de la santé, lequel fut ensuite remis à la Direction générale de la santé en mai dernier.
Jusqu’ici, seul l’Autriche a décidé de considérer les e-cigarettes comme des dispositifs médicaux et dans ce pays, les cartouches de nicotine sont vendues sous ordonnance comme les médicaments. Si ce projet de classement européen comme médicament aboutit, il sera voté à priori en 2014 avant le renouvellement des institutions européennes et devra être appliqué en droit français deux ans plus tard soit en 2016. Il s’agit du processus habituel des institutions européennes.
Les autorités craignent aujourd’hui que ce produit, devenu une véritable mode, n’attire les plus jeunes à entrer dans le tabagisme. En effet, une étude des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), a révélé que les collégiens et lycéens américains sont de plus en plus nombreux à tester l’e-cigarette. Selon les résultats de cette étude, la consommation aurait même doublé en un an chez ces mineurs. La CDC a estimé à 1,78 million le nombre des jeunes l’ayant utilisée en 2012.
Le sondage du CDC a analysé les réponses fournies par 20 000 élèves sur un questionnaire. Les résultats ont montré que la consommation de l’e-cigarette est passée de 4,7% en 2011 à 10% en 2012 chez ces jeunes. Son utilisation courante a presque doublé, passant de 1,5% à 2,8%. L’enquête a également révélé une autre information très surprenante: la proportion des adolescents qui ont utilisé la cigarette électronique et fumé au cours des 30 derniers jours précédant les interviews s’élève à 76,3%. C’est d’ailleurs cette dernière information qui a le plus alarmé les autorités américaines.
« La montée de l’utilisation de la cigarette électronique est inquiétante car la nicotine que contient la cigarette électronique est une drogue qui entraîne une forte dépendance et de nombreux jeunes qui commencent avec ce produit peuvent être condamnés à être dépendants toute leur vie », indique Tom Frieden, directeur des CDC. Le ministère américain de la Santé estime même qu’il faudrait mettre en Å“uvre toutes les stratégies possibles afin de stopper la publicité, la vente et l’utilisation de la cigarette électronique par les mineurs. Un grand nombre d’Etats américains ont, d’ailleurs déjà adopté la loi d’interdiction de vente de la cigarette électronique aux moins de 18 ans, comme la France.
Toutefois, la majorité des professionnels de la santé ne peuvent pas nier que la cigarette électronique reste toujours une alternative plus saine à la cigarette traditionnelle. Selon le Secrétaire Général de la société française de tabacologie, le Dr Gérard Mathern, la cigarette à tabac est plus dangereuse car elle produit du goudron et du monoxyde de carbone qui sont deux substances extrêmement toxiques mais qui n’existent pas dans l’e-cigarette.