Le combat dans la cours des e-cigarettes

Les ventes de cigarettes électroniques ont augmenté de façon spectaculaire au cours de ces trois dernières années. La manière dont chacun perçoit ce développement peut être différente. Certains le considèrent comme une opportunité alors que d’autres le voient comme une nouvelle menace qui pèse sur la santé publique. La plupart des consommateurs restent submergés dans un brouillard de préjugés et d’idées reçues sur le produit. Aujourd’hui, on peut constater que la place des fumeurs dans les restaurants, les boîtes de nuit et même dans les bars a été prise par les utilisateurs de la cigarette électronique ou « vapoteurs ». D’après les fabricants, le nombre des adeptes de ce produit novateur aurait doublé en quelques années. Mais le fait que ce produit high-tech qui imite la cigarette classique, soit vendu librement, est fortement contesté.
Aux Etats-Unis, il est prévu que la FDA (Food and Drug Administration) propose très prochainement des règlements applicables aux e-cigarettes. Cette proposition réglementaire est attendue à la fin de ce mois. Si le scepticisme l’emporte, ces règlements pourront constituer des obstacles à  l’expansion et au développement d’un produit qui pourrait sauver des vies, en imposant des restrictions à son accès pour les fumeurs. Cela pourrait avoir comme conséquences l’augmentation des cas de maladies liées au tabagisme et aussi le nombre de décès qui ont pour cause ce fléau mondial. Bref, une « mauvaise décision » de la part de la FDA pourrait porter atteinte à  la santé publique et au respect des droits du consommateur.
Il y a quelques années, en ignorant ce risque, la FDA a cherché à interdire les cigarettes électroniques en les considérant comme des produits pharmaceutiques non approuvés. Peu de temps après, cette tentative a été contre-carrée par un juge fédéral et l’agence a annoncé qu’elle pencherait plutôt pour une réglementation des cigarettes électroniques au même titre que les produits du tabac.
Cette approche a été validée par les tribunaux, qui ont retenu que la nicotine contenue dans les cigarettes électroniques est un dérivé du tabac. Mais en réalité, l’étiquette «produit du tabac» ne correspond pas vraiment non plus au principe de la cigarette électronique, puisque que ces produits novateurs ne contiennent pas de tabac mais offrent de la nicotine sous forme de vapeur, mélangée à du propylène glycol. Aucune combustion de matière organique n’a lieu lors de l’utilisation de cet appareil.
Cette différence est cruciale pour les fumeurs qui se sont imaginé un nouveau monde sans fumée et avec à la place de la vapeur, car cela signifie qu’ils peuvent éviter de subir tous les méfaits du tabagisme tels que l’inhalation des toxines. Un monde vaporeux qui pourrait réduire considérablement les risques pour la santé auxquels ils sont confrontés.
Par exemple, Maria Azzarelli, qui est la coordinatrice du programme de lutte contre le tabagisme du sud du Nevada, a récemment déclaré dans le journal Las Vegas Sun que «nul ne peut dire pour le moment si la cigarette électronique est vraiment une alternative plus saine à la cigarette ordinaire. » La question est, est ce qu’il n’y a vraiment personne qui peut confirmer si l’inhalation de vapeurs contenant de la nicotine, de l’arôme et du propylène glycol, qui est un produit approuvé par la FDA comme composant de certains produits alimentaires et certains médicaments, est plus sûre que l’inhalation de fumée? A chacun sa réponse…et aux autorités les règles…
Pourtant, même les CDC (Centers for Disease Control and Prevention), qui ont récemment rapporté l’augmentation de la consommation de cigarettes électroniques chez les jeunes, tout en exhortant la FDA à réglementer le produit dans les plus brefs délais, admet que » les e-cigarettes semblent contenir beaucoup moins de toxines si on les compare avec la fumée produite par les cigarettes traditionnelles. » Le professeur à l’Université de Boston, Michael Siegel, expert en santé publique soutenant le vapotage et convaincu qu’il permet de réduire le tabagisme, note également : « nous avons une bien meilleure idée de ce qui est dans la vapeur de la cigarette électronique que ce qui est dans la fumée de tabac. »
Cela paraît donc étrange que les autorités manifestent une résistance envers les e-cigarettes, qui ne contiennent pas de tabac et qui ne génèrent aucune fumée toxique alors que tout le monde est concerné par les risques sanitaires du tabagisme.
La plus grande crainte de Maria Azzarelli et de ses camarades militants serait que ce produit novateur dont le principal argument de vente est l’élimination des dangers du tabagisme, pourrait faire empirer la situation en rendant l’acte de fumer de nouveau plus attirant. Mais cette crainte semble peu plausible, car pour l’instant, cette théorie n’est appuyée par aucune preuve.
On peut également constater que les alarmistes aiment particulièrement citer les données de l’enquête des CDC qui indique que « l’utilisation de l’e-cigarette chez les élèves a doublé depuis l’année dernière ». C’est par exemple le cas des 40 procureurs généraux qui ont bien pris le soin de mentionner cette information dans une lettre adressée à la FDA. Mais cette augmentation du nombre de collégiens et des lycéens avouant un usage récent de l’e-cigarette, ne reflète peut être rien de plus qu’une simple expérimentation, comme c’est souvent le cas avec les nouveaux produits hi-Tech. Il faut savoir que cette enquête des CDC ne fournit aucune preuve confirmant que cette expérimentation conduit réellement les jeunes à fumer de vraies cigarettes. Au contraire, comme le souligne le professeur Siegel, neuf adolescents sur 10 parmi ceux qui ont essayé les cigarettes électroniques sont déjà des fumeurs. Ce qui signifie que le fait que les procureurs généraux considèrent comme une urgence de santé publique pourrait à l’inverse influencer négativement le succès de la réduction des méfaits du tabagisme. De même pour les adultes, les données de l’enquête indiquent que l’utilisation de la cigarette électronique est concentrée sur la population d’anciens et actuels fumeurs.
Le vrai potentiel de réduction des méfaits du tabagisme réside surtout dans la période de transition lors du passage du fumeur au statut d’ancien fumeur. Ainsi, imposer des mesures restrictives sévères sur la publicité de ce petit gadget à vapeur, limiter les ventes et les saveurs ne serait-il pas une erreur fatale ?
Les lobbys continuent chacun leurs actions respectives afin de se faire entendre. Il faut espérer que ça soit la santé qui prime dans les débats.